Depuis le 1er janvier 2026, plus de 150 millions d’hectares de végétation ont été ravagés par les flammes à travers le monde, selon une alerte de l’Organisation des Nations unies (ONU) relayée le 12 mai. Les données scientifiques sont même légèrement plus alarmantes : la surface totale brûlée atteindrait 163 millions d’hectares au 6 mai selon le Système d’information mondial sur les incendies (GWIS), contre 110 millions en moyenne sur la période 2012-2025 à la même date. Soit l’équivalent de 630 fois la superficie du Luxembourg.
« Cette année, la saison des incendies dans le monde a commencé très fort avec 50 % de surfaces brûlées de plus que la moyenne pour cette période de l’année », a souligné Theodore Keeping, chercheur à l’Imperial College de Londres. Selon lui, le précédent record enregistré depuis le début de la surveillance mondiale par satellite en 2012 est déjà dépassé de 20 %.
Afrique, États-Unis : des foyers déjà spectaculaires
La tendance est particulièrement marquée en Afrique, avec des niveaux records dans de nombreux pays de l’ouest et du Sahel. Les feux de savane y ont été encouragés par un phénomène dit de « coup de fouet » climatique, qui fait alterner de fortes pluies favorisant la pousse de la végétation avec des périodes de sécheresse propices aux incendies.
Aux États-Unis, la saison s’est ouverte avec une intensité inédite : les incendies ont déjà brûlé 127 % de superficie en plus en 2026 par rapport à la moyenne sur dix ans, après l’un des hivers les plus chauds et secs jamais enregistrés dans l’Ouest. En Floride, près de 120 000 acres ont brûlé depuis le début de l’année, tandis qu’en Géorgie, deux grands incendies ont ravagé plus de 50 000 acres, dont l’un est devenu le plus destructeur de l’histoire de l’État.
La France relativement épargnée… pour l’instant
Contrairement à beaucoup de régions du globe, la France métropolitaine bénéficie d’un répit temporaire. Météo-France a documenté un mois de janvier 2026 marqué par de nombreuses intempéries après un début d’année très froid, avec des pluies abondantes notamment sur la Bretagne, le Roussillon et la Corse.
Conséquence : fin avril 2026, aucun incendie majeur de forêt n’était signalé en Auvergne-Rhône-Alpes, et la région restait sous vigilance précoce au printemps en raison de la sécheresse résiduelle et des activités humaines. Les autorités évoquent « un risque incendie modéré mais réel », dans un contexte où l’hiver pluvieux a maintenu une végétation encore verte. La vigilance reste néanmoins de mise, la saison estivale n’ayant pas commencé.
El Niño, le facteur aggravant
Le pire reste peut-être à venir. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), les températures de surface dans le Pacifique équatorial augmentent rapidement, laissant présager un retour probable d’El Niño dès la période de mai à juillet 2026.
Météo-France indique que certains modèles de prévision saisonnière suggèrent un épisode si intense qu’on pourrait parler de « super El Niño ». Combiné au réchauffement de long terme, l’épisode pourrait pousser la température moyenne planétaire en 2026-2027 vers, voire au-delà, du record de 2024.
« La probabilité d’incendies extrêmes et dangereux pourrait potentiellement être la plus élevée de l’histoire récente si un El Niño puissant se développe », juge Theodore Keeping. Le phénomène pourrait rendre plus probables des conditions très chaudes et sèches en Australie, dans le nord-ouest des États-Unis et du Canada et dans la jungle amazonienne.
Une menace majeure pour la santé humaine
Au-delà des pertes directes, les fumées des feux de végétation sont une cause majeure de mortalité silencieuse. Selon les chiffres relayés par l’ONU, l’exposition à ces fumées causerait environ 339 000 décès par an à l’échelle mondiale.
L’exemple australien est emblématique : lors des « Black Summer fires » de 2019-2020, les flammes ont fait quelques dizaines de morts directs, mais leurs fumées ont entraîné plusieurs centaines de décès supplémentaires et des milliers d’hospitalisations pour problèmes cardiovasculaires et respiratoires.
« Je vois des enfants en détresse respiratoire à cause d’exacerbations de l’asthme, et des personnes âgées dont les maladies cardiaques s’aggravent lorsque l’air devient irrespirable », témoigne pour l’ONU la docteure Courtney Howard, présidente de l’Alliance mondiale pour le climat et la santé. Elle-même a été évacuée de son hôpital lors des incendies canadiens de 2023.
Une trajectoire mondiale qui s’aggrave
Le constat de fond est désormais largement documenté : les feux extrêmes sont en forte progression. Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), les experts prévoient une augmentation mondiale des incendies extrêmes pouvant atteindre 14 % à l’horizon 2030, 30 % d’ici à 2050 et 50 % d’ici à la fin du siècle.
« Ces chiffres sont une preuve encore plus flagrante que le réchauffement climatique — alimenté par la pollution due au charbon, au pétrole et au gaz — ravage une proportion stupéfiante de territoires nationaux », alerte Simon Stiell, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).
L’appel à agir avant la COP30
L’ONU exhorte les États à « réduire drastiquement leur consommation de combustibles fossiles » et à atteindre la neutralité carbone. Simon Stiell insiste sur un argument économique : « Chaque dollar investi dans l’adaptation au changement climatique économise plus de 10 dollars de dégâts. »
L’enjeu sera au cœur de la COP30, qui se tiendra à Belém, au Brésil, du 10 au 21 novembre 2026, où la protection des forêts figure parmi les priorités annoncées par la présidence brésilienne.
